TITRE
LE FEUILLET DU PERE ARNAUD MENETTRIER


Que ton Nom soit sanctifié
Avant tout, qu’est-ce que le “nom” ? : ce que dit le nom, c’est l’être profond, l’essentiel de quelqu’un, ce qu’il est en vérité: Jésus est “Dieu sauve”, Dieu est “Celui qui est”...

Alors... “Que ton nom soit sanctifié”... Cette expression a ses origines chez le prophète Ezechiel: le peuple a été infidèle et a été exilé en Babylone; le Temple de Jérusalem a été profané... Israël a “blasphémé”... Or, Dieu va “sanctifier son Nom” (Ez XXXVI 23): ce peuple déporté, qui ne “mérite” pas que Dieu intervienne en sa faveur, va découvrir la “Sainteté du Nom de Dieu”, en étant ramené en Terre Sainte; Dieu va les pardonner car le peuple a imploré son pardon... Il ne “mérite pas” que Dieu renoue l’Alliance, mais, du fait que les païens blasphèment le nom de Dieu, eh bien Dieu Lui même va agir, et “sanctifier Son Nom”... Israël va connaître l’Amour infini d’un Dieu qui ne s’arrête à aucun outrage (ne “boude pas”), et pouvoir en témoigner auprès des païens qui ne connaissent pas encore le Dieu Saint d’Israël !... Dieu se manifeste ainsi non pas comme un “maître”, mais comme un “père”...

Cela signifie qu’avec cette demande, nous en appelons à la fidélité de Dieu, à sa Miséricorde, à son Amour infini, “pour la Gloire de Dieu, et le Salut du monde” ; très pauvrement, nous demandons au Seigneur de nous pardonner notre péché, afin que son Nom soit sanctifié parmi les nations... nous demandons son pardon pour tout ce qui pourrait humainement Le décider à rompre avec nous... Et en cela, nous proclamons que Dieu est Dieu, et non pas homme !

Quand nous faisons cette humble demande, nous demandons ni plus ni moins à Dieu de ne pas s’arrêter à nos misères et à notre péché, mais qu’Il daigne nous Aimer encore, malgré tout... car nous sommes si faibles... Nous Lui demandons d’être fidèle à Lui-même et de manifester Sa Sainteté.
Formule de Foi, d’Espérance, et de Charité... du même type que la formule qui viendra peu de temps après: “Je ne suis pas digne de te recevoir... mais...”

“Que ton Nom soit sanctifié”... Il faudrait développer ! “Père, je ne me suis guère comporté comme ton fils ou ta fille... l’Amour que Tu voulais transmettre à moi, et, à travers moi à tout être... je ne l’ai guère transmis...
Pour le monde, Tu ne peux plus guère vouloir de moi, mais... manifestes que Tu m’aimes encore et que l’Alliance entre nous n’est pas rompue, simplement parce que Toi, tu le veux encore (ce à quoi je n’ai aucun droit), et ainsi le monde pourra voir combien Tu es Amour... Fais resplendir Ta Gloire et le Salut du monde...

“Que Ton Nom soit sanctifié”... Mystère de la Croix, d’un Amour qui traverse tous les obstacles, pour notre Salut et notre Béatitude, pour la Gloire de Dieu et le Salut du monde !!!


Que ton Règne vienne
Le Régne de Dieu: Tout ce que notre coeur peut désirer, au delà de tout constat humain: Justice, Paix, Bonheur, Amour, Bonté, Délicatesse, Vie... etc...

Combien de fois regardons-nous les Informations en nous disant que la vie humaine n’est pas “un long fleuve tranquille”, et avons-nous l’idée de renoncer à ce qu’il y a de plus merveilleux dans nos attentes, se résigner, baisser les bras, se faire à l’idée...

Combien de fois nous est-il arrivé de nous dire que ce Règne de l’Amour accompli était une utopie, un rêve ? ....et qu’il valait mieux être lucide ? “La raison du plus fort est toujours la meilleure”, “Mieux vaut manger qu’être mangé”

Il peut nous être arrivé aussi de considérer que le “Règne de Dieu” dépendrait de nos forces humaines... ce qui fut le ressort de ceux qui ont pû considérer que notre humanité pouvait se suffire à elle même pour apporter la Béatitude au monde, et qu’on pouvait se passer de Dieu .

Résignation ou auto-suffisance ? Ni l’une, ni l’autre !!!
Il s’agit pour nous de continuer d’écouter notre coeur dans son attente d’un Bonheur absolu, tout en sachant que ce n’est pas avec nos pauvres forces humaines que nous y atteindrons. Pour nous: créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, mais blessés par le péché... mais confiants dans le projet immuable de Dieu qui veut le Bonheur ultime de l’homme !!!

Tous, nous avons vécu ce genre de situation où nous aspirons de tout nous-même à un bonheur total, à un amour absolu, à une félicité sans obstacle et sans fin, et nous constatons avec horreur qu’il “ne faut pas rêver..”, ce qui nous met dans une détresse sans borne, du fait de la mort, de la bêtise, de nos limites, de notre vie quotidienne.

“Que ton Règne vienne”... C’est faire confiance à ce que nous avons au coeur, même si tout semble nous dire le contraire ; c’est miser sa vie sur l’idée folle que le meilleur de l’homme est possible, que le plus merveilleux est possible, que nos attentes ont un sens ; que plus rien ne pourra faire obstacle à ce qui nous comble...
Et ce Bonheur total et absolu, il nous faut l’attendre de Quelqu’Un d’autre, qui veut nous le donner, gratuitement, suscitant ainsi notre liberté !

Avez-vous déjà pleuré devant les horreurs du monde ? Avez-vous déjà pleuré devant “Les routes du Paradis” ou “La petite Maison dans la Prairie” ?... où le meilleur est à craindre et non plus le pire ???

“Et si c’était vrai”, disait Brel ? Nous qui croyons que c’est vrai, et nous sera donné par le Bon Dieu , comment ne pas dire “Que ton Règne vienne”...

Que Ta Volonté soit faite

Volonté de Dieu...

Nous sommes renvoyés à ce qu’est l’ultime Volonté de Dieu...

On peut parfois imaginer un Bon Dieu qui se réveille et décide quelque chose auquel nous aurions à obéir, avec “le petit doigt sur la couture du pantalon”... Quel est en ceci notre rapport à la Loi de Dieu et la Loi de l’Eglise ?

Qui dit Loi dit Promesse !!! Ce que VEUT Dieu, c’est notre bonheur... Or il peut nous arriver de ne pas discerner le meilleur... Nous visons un “bien”, mais voici que la “Loi” vient interroger ce “bien”.... Bien relatif, ou Bien absolu ? Bien qui rendra fondamentalement heureux moi et les autres, ou Bien qui me laissera comme un arrière goût amer à moi ou aux autres ?

C’est vrai que le Bon Dieu est régulièrement dérangeant (et l’Eglise avec...), mais Il met si souvent le doigt sur quelque chose qui “au fin-fond” nous dérange... qu’Il peut en devenir pénible... Mais il faut entendre ces commandements avec ce petit bout de phrase en sus... “Si tu veux vraiment être heureux et rendre heureux ... alors”.... Par notre conscience, nous le savons bien... mais... Seigneur... combien le Bon Dieu est parfois encombrant !!! Et combien il peut nous arriver de Lui expliquer les règles de bon sens...

Mais, Sa volonté est que chacun puisse être Heureux !!! Bon... d’accord... mais c‘est parfois si compliqué pour nous ... Sa Volonté, c’est le bonheur de chacun, au risque d’une Croix ,pour Lui, au risque de la Foi, de l’Espérance de d’une réflexion intense, pour nous, afin que chacun s’y retrouve... Sa volonté, c’est le Salut de tout être humain, à travers nous... conscient de tous les enjeux... Et combien cela est difficile !!! Mais ce qui est rassurant, c’est que le Bon Dieu le sait... et ce qui est exigeant, c’est que la prière et la Parole de Dieu sont necessaires, voire indispensables, pour savoir ce qu’ultimement Il souhaite...

“Que Ta Volonté soit faite”... qu’on pourrait traduire par “Je souhaite tant que tout être soit heureux...et que tous ceux que je rencontre, je soies avec eux pour l’éternité...” Demande pour notre propre conversion, et prière pour leur conversion (« retournement vers le Bonheur accompli« )

Il y a Quelqu’un qui veut tellement que ce que nous avons au coeur trouve son point d’aboutissement, en Lui, et auprès de Lui... tous ensemble et pour l’éternité... avec Lui...

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour
Le pain... Il est étonnant que nous, Français, représentants de la célébrissime “baguette parisienne”, nous ayions oublié le sens du pain !!!
Aliment fondamental, essentiel, indispensable... Rappelons-nous cette expression “au pain et à l’eau”... qui désignait certes la restriction, mais l’essentiel vital...
A travers la Bible, le pain est également l’aliment existentiel, celui qui permet de vivre, même au-delà de toutes les privations... l’aliment qui rejoint tous les besoins vitaux !

“Notre pain de ce jour”, ce n’est pas exclusivement la nourriture quotidienne, mais surtout ce qui nous fait VIVRE chaque jour: Bonté, Amour, Délicatesse, Joies, etc...
Nous en connaissons tellement, des gens qui mangent à leur faim et qui, cependant, ne sont pas fondamentalement heureux !!! Il nous est tous arrivé de “sauter un repas” pour pouvoir être avec quelqu’un que nous aimons et qui nous aime... pendus au telephone, en tête à tête, ou devant un courrier !!! Et qu’importe la faim !!! Nous étions comblés !!!

Il est là, “le pain de ce jour”... Et ce pain “super-substantiel”, il inclut le Pain de l’Eucharistie, ce lien de Communion avec le Bon Dieu, cet Amour qui comble tout, et qui nous fortifie dans l’amour que nous avons pour nos frères !!! Ca Pain, c’est l’Amour qui comble tout !

Et, EN MEME TEMPS, quand la faim tenaille les entrailles, comment pouvoir être à la joie du pain “supersubstantiel” ? Il y a bien ce double niveau: demande du “pain” qui nourrira notre corps, et “pain” qui nourrira notre âme (ce qui nous anime, notre “anima”)... Combien d’entre nous disent encore le “Benedicite” , rendant grâce à Dieu pour ce “pain” qui nous permettra de devenir “pain” pour les gens que nous rencontrerons ? Et combien d’entre nous, avant de se coucher, rendent grâce au Bon Dieu pour tout ce qu’ils ont reçu de “nourrissant” au cours de la journée, de tous ces “petits bonheurs” croisés, à la maison, au travail, dans la rue, etc...

“Le pain de ce jour”... qui peut remonter en action de grâce au Bon Dieu... qui peut être uni au Pain offert à l’autel à chaque Messe... « Pain du Corps du Christ, Dieu et homme, ressuscité, qui se donne tout entier, et auquel nous sommes invités à nous unir dans ce Don à Son Père et au monde.

Et quand, avec “crainte et tremblement”, nous réalisons que nous-mêmes et ce que nous faisons, disons, et sommes, peut être “pain quotidien” pour les autres (d’où le fait que nous disons “donne NOUS”).... quelle joie mêlée de pauvreté... “Je peux être le pain de quelqu’un d’autre”... si misérable que je me sente... et peut-être parce que je sais que ce qui va nourrir l’autre ne peut pas venir de moi, mais émane de Quelqu’un d’autre, à travers moi... !!!

J’ai à “nourrir” les autres, comme les autres ont à me “nourrir”... Et par dessus tout, il y a Quelqu’un qui est disposé à me “nourrir”... Seule question: ai-je faim de Celui qui nous dit « Bienheureux les affamés … ils seront rassasiés » ?

Pardonne-nous… comme nous pardonnons…
La traduction véritable dirait plutôt “Remets-nous nos dettes PUISQUE nous avons remis les dettes”...
Cela nous renvoie à la Parabole du Débiteur impitoyable (sans “pitié”)... Cette Parabole nous présente le fait que face à l’Amour infini de Dieu, sans condition, sans décompte ... nous qui nous disons ses Fils et ses Filles, selon le bon principe de “Tel Père, tel Fils”, nous qui bénéficions d’un pardon sans faille et sans limite, nous sommes invités à manifester ce qui NE PEUT PAS VENIR DE NOUS !!!

Ceux qui ont vécu une véritable offense, une vraie blessure, savent combien il est difficile d’aller au-delà (voire impossible...)... Pardonner n’est pas oublier, mais regarder les choses en face, et être capable d’aller au-delà de l’inadmissible, voire, de l’insoutenable... être capable, par amour, de traverser un buisson d’épines mis entre celui que nous aimons et nous... Se donner (“CORPS et âme” comme dit l’expression) exige parfois d’aller jusqu’à se donner au-delà de ce qui semble inacceptable (jusqu’au “SANG”), comme une mère qui accepte d’être réveillée toutes les 3 heures par son bébé, alors qu’elle appellerait la Police pour “tapage nocturne” si le moindre voisin faisait la même chose... Et en plus, elle fera cela de bonne grâce pour son enfant (ce que la Bible appelle un “sacrifice”, acte humainement difficile mais offert de bon coeur, parce qu’il a l’amour comme fondement !!!)
Avez-vous déjà écouté, le Dimanche, à la Radio, cette émission où des parents (et surtout des mères... allez savoir pourquoi...) appellent leur enfant emprisonné... “Tu as fait une énorme bêtise, mais on t’aime toujours, et on t’attend !” C’est à frémir de beauté et d‘amour, cela donne le vertige: cela dit tellement QUI est le Père de ces gens-là ...!

“Remets-nous nos dettes”... Dettes d’amour... Les seules qui valent le coût... “PUISQUE, nous les remettons”: nous ne sommes pas plus charitables que le Bon Dieu ! Pouvoir découvrir que lorsque nous nous adressons au Seigneur avec cette requête, ce n’est pas nous qui donnons des leçons au Bon Dieu, mais que nous sommes en profonde adéquation avec Lui ! Si nous pardonnons, combien Lui souhaitait que nous pardonnions... Si nous continuons d’Aimer, malgré tous les obstacles, combien nous nous mettons à Lui ressembler, car Lui, cela fait si longtemps qu’Il a pardonné !!! Et combien Il désire (comme nous), que celui qui est pardonné, revienne à l’Amour...

“Pardonner n’est pas oublier ! Mais aller au-delà du mur, parfois infranchissable à nos forces humaines !” Là il faut puiser ailleurs qu’en nous... Et quand il nous semble difficile de pardonner... ce n’est pas forcément plus facile au Bon Dieu, MAIS, Lui réussit à faire voler ce mur en éclats... A nous d’aller à cette source quand c’est “trop dur” et que cela nous rend trop malheureux...

Père Arnaud Ménettrier

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